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LES FEMMES DE TAITI ET DES MARQUISES
M.Edmond de Ginoux, rédacteur et gérant de l'Océanie Française a publié dans ce journal des articles extrêmement curieux sur les moeurs. les habitudes, les coutumes et la physionomie des habitants de la Polynésie . Nous extrayons les détails qui suivent de plusieurs lettres qu'il a consacrées spécialement aux femmes de Taïti et des Marquises.
Extrait des 'Nouvelles Annales des Voyages' Volume 104 Quatrième série de 1844
L'exécution de Pakoko
Extrait du 'Le petit Journal' de mai 1863
En Océanie, les chefs des sauvages savent mourir avec un courage qu'on ne retrouverait pas toujours chez les peuples civilisés.
En 1845, M. Almaric, chef de bataillon, commandant le groupe nord-ouest des îles Marquises,voulant mettre un terme aux orgies nocturnes dont la baie de Taiohaë était le théâtre, déclara la rade tapu (sacrée) et interdit ainsi aux femmes de l'ile l'accès des navires.
Un grand chef, Pakoko, protesta contre ce tapu et engagea les femmes de sa tribu à contrevenir à la défense. Vingt-six femmes, dont deux filles de Pakoko, furent prises en flagrant délit de natation illicite et furent mises en prison pendant quarante-huit heures.
La prison étant pour les canaques une humiliation des plus cruelles, Pakoko vengea la honte de ses filles en massacrant six de nos hommes dans nos embuscades, puis il se réfugia dans l'intérieuroù il fut poursuivi et forcé de se rendre. Il fut, avec cinq de ses compagnons, jugé par un conseil de guerre. Sa culpabilité ne laissait aucun doute. L'arrêt condamna Pakoko à mort, ses agents à l'exil.
Avant de le faire connaître au vieux chef, des mesures avaient été prises pour en assurer l'exécution immédiate. On traduisit à Pakoko, ramené devant ses juges, les questions adressées aux témoins et les réponses en vertu desquelles il était condamné.
Comment va-t-on me faire mourir? demanda-t-il, par la corde ou par los armes à feu? Tu seras fusillé. Ah s'écria-t il avec satisfaction, mea meitai (c'est bien).
On lui dit de se lever et de sortir.
Vais-je à la mort ? dit-il. Et, comme la réponse ne laissait aucun doute, s'appuyant sur un bâton plus haut que lui de deux pieds, il s'avança vers ses juges, les salua de l'éventail. puis, se redressant avec fierté, il leur jeta un kaoha (salut) d'une voix aussi ferme que s'il fùt entré dans le prétoire en simple visiteur. On voulut lui lier les mains; il en demanda la cause, et surpris qu'on le supposât capable de chercher à fuir. Ao'e meitai, Ferani (Ce n'est pas bien, Français !) s'écria-t-il.
On lui laissa les mains libres. Il parut sensible à ce procédé, et comme s'il s'agissait d'une promenade, il marcha conversant avec ses gardes.
Vous faites bien de vous venger, dit-il, moi j'ai lavé avec le sang français la poussière dont votre prison avait souillé mes filles.
Un pelonton d'infanterie l'attendait sur le terrain fatal. Il prit la place qu'on lui indiqua, et refusant de se laisser bander les yeux, il promena un moment ses regards sur les massifs d'Avao, sa chère vallée; puis, les reportant sur nos soldats, appuyé sur son bâton de chef, l'éventail levé comme au temps où il donnait le signal des Comumus, il roulà frappé de dix balles.
Madison Island 1818?

Taiohae 1838
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Taiohae 1844
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